Le Valais est une promesse étroite : en bas, les vignes, les abricotiers et le Rhône ; en haut, les glaciers, les barrages et des cols qui, depuis des décennies, servent de véritables bancs d’essai aux motards. Qui parcourt le Valais à moto ne découvre pas un simple décor, mais une interaction précise entre géographie, météo et technique. Rarement une région suisse change aussi vite de température, d’adhérence et de tonalité paysagère.
Pourquoi le Valais fonctionne si bien pour les motos
La vallée s’étire de la région de la Furka à l’est jusqu’au lac Léman à l’ouest. Entre les deux se trouvent des localités comme Brig, Viège, Sion et Martigny. L’axe principal est efficace, mais la vraie musique se joue sur les routes secondaires : montées raides dans les vallées latérales, étroites routes viticoles et cols qui dépassent souvent les 2 000 mètres. Pour les motards en voyage, c’est idéal, car on peut doser les étapes avec finesse. Une heure suffit pour passer d’une chaleur presque méditerranéenne à la fraîcheur alpine.
Historiquement, le Valais n’a jamais été seulement une terre de vacances. Le Grand-Saint-Bernard est un passage important vers l’Italie depuis l’époque romaine. Le Simplon a été développé de manière stratégique sous Napoléon. Ces voies de communication expliquent pourquoi les routes y sont aujourd’hui si spectaculaires : elles suivent d’anciennes nécessités, et pas seulement l’imagination touristique.
Les vignobles : rouler lentement vaut la peine
Entre Sierre, Sion et Martigny, les vignes s’accrochent à des pentes qui, vues depuis la selle, paraissent presque improbables. Le Valais est le plus grand canton viticole de Suisse ; parmi les cépages connus figurent le Fendant, la Petite Arvine, le Cornalin et l’Humagne Rouge. Pour les motards, cela ne signifie pas dégustation avant de reprendre la route, mais changement de rythme : virages serrés, murets bas, lignes de vue courtes, piétons et tracteurs. Ici, la culture de conduite compte davantage que la chasse aux virages.
Les petites routes au-dessus de Sion et la traversée du paysage en terrasses près de Fully sont particulièrement belles. Les murs en pierre sèche emmagasinent la chaleur, et les canaux d’irrigation, les bisses, racontent l’histoire d’une région qui répartit l’eau avec intelligence depuis des siècles. Qui s’arrête comprend mieux : le Valais est ensoleillé, mais pas confortable. C’est précisément ce qui le rend si attrayant.
« En Valais, ce n’est pas le plus rapide qui gagne, mais le pilote qui sait lire les changements de paysage. »Les grands cols : Furka, Grimsel, Nufenen
La boucle alpine classique à l’est relie la Furka, le Grimsel et le Nufenen. Le col de la Furka atteint 2 429 mètres et offre ces serpentines brutes qui, même sur photo, sentent déjà l’essence, le frein et l’air raréfié. Au col du Grimsel, à 2 164 mètres, dominent le granit, les lacs de retenue et une rigueur presque technique. Le col du Nufenen monte à 2 478 mètres et compte parmi les plus hauts cols routiers de Suisse. Il relie le Valais au Tessin et exige du respect : changements météo, vent latéral et asphalte froid ne relèvent pas de la théorie.
Sur le plan mécanique, cette boucle constitue un test honnête. Les freins chauffent, les moteurs tournent longtemps en charge, les pneus travaillent jusqu’aux flancs. Les systèmes modernes d’ABS et de contrôle de traction aident, mais ne remplacent pas une trajectoire propre. Qui descend en laissant constamment frotter le frein arrière finit vite par sentir ce que signifie la physique. Mieux vaut engager un rapport court, garder un regard calme et doser la pression sur le frein avant.
Simplon et Grand-Saint-Bernard : les cols frontaliers
Le col du Simplon, à 2 005 mètres, est plus large et plus fluide que beaucoup ne l’imaginent. Sa route paraît ample, presque conçue pour de longs enchaînements. Depuis Brig, elle mène vers l’Italie en direction de Domodossola. Le Grand-Saint-Bernard, à 2 469 mètres, a un autre caractère : plus étroit, plus historique, plus sensible à la météo. En haut se trouvent l’hospice, le lac et le souvenir des célèbres chiens Saint-Bernard, dont le mythe du sauvetage est étroitement lié au col.
Ces deux passages montrent pourquoi les cols frontaliers sont bien plus que des points de vue. Ils furent des routes commerciales, des voies militaires, des chemins de pèlerinage. À moto, on ressent cette stratification. Chaque virage est aussi un morceau d’histoire du trafic.
Meilleure période et risques réels
La période la plus fiable se situe généralement entre fin juin et septembre. Beaucoup de cols élevés n’ouvrent qu’au début de l’été selon l’enneigement ; il faut vérifier les fermetures actuelles avant le départ, par exemple via les informations officielles suisses sur le trafic ou les annonces cantonales. En octobre, cela peut être magnifique, mais aussi glacial le matin. En plein été, les orages de l’après-midi menacent. Un voyage en Valais se planifie donc non seulement en kilomètres, mais aussi en heures.
La hauteur compte également. Par 30 degrés dans la vallée du Rhône, il peut faire 10 degrés au col, avec du vent et du brouillard en plus. Un fin gant d’été n’est alors pas un signe de liberté, mais de mauvaise préparation. Une couche imperméable, des gants chauds et une stratégie claire pour la visière ou les lunettes font partie de l’équipement.
Itinéraire sur deux jours
Jour un : départ à Martigny, traversée des vignobles jusqu’à Sion, puis route vers Brig. Si vous avez le temps, faites un détour par Crans-Montana ou le val d’Hérens. Nuit à Brig ou dans le Goms. Jour deux : départ tôt par la Furka, le Grimsel et le Nufenen, puis retour par le Haut-Valais ou continuation vers le Tessin. Cette boucle est exigeante, mais pas excessive si l’on prend les pauses au sérieux.
Qui préfère rouler plus tranquillement remplace un col par une route de vallée. Ce n’est pas une perte. En Valais, les meilleurs moments ne se trouvent souvent pas au point culminant, mais près d’une fontaine dans un village, face au Rhône, ou dans un virage où l’odeur du bois de mélèze monte soudain dans le casque.
Conclusion : une région pour les pilotes mûrs
Le Valais à moto n’est pas qu’une simple collection de virages. C’est un voyage à travers des zones climatiques et culturelles, à travers la viticulture, l’histoire des transports et la mécanique des hautes Alpes. La région récompense les motards bien préparés, qui roulent proprement et ne considèrent pas les pauses comme une faiblesse. Alors, le tour devient bien plus qu’une liste de cols célèbres. Il devient l’une des expériences moto les plus denses des Alpes.




